Mayotte et les cyclones : un risque réel mais gérable
Mayotte se trouve dans le canal du Mozambique, zone de formation et de passage des cyclones tropicaux de l océan Indien. La saison cyclonique s étend de novembre à avril, avec un pic en janvier-février. Si les passages directs sur l île restent rares (le dernier cyclone majeur, Kamisy, date de 1984), les tempêtes tropicales et les fortes dépressions sont plus fréquentes et suffisent à mettre les bateaux en danger.
En 2024, la tempête tropicale Chido a rappelé à tout le monde que le risque existe. Les vents ont atteint 150 km/h sur l île. Plusieurs bateaux au mouillage ont chassé sur leur ancre, certains se sont échoués sur les platiers coralliens. C est un rappel : on se prépare en début de saison, pas la veille de l alerte.
Le mouillage : la première ligne de défense
Renforcer le mouillage fixe
Si votre bateau reste au mouillage dans le lagon pendant la saison cyclonique, le dispositif de mouillage standard ne suffit pas. On passe d une ancre avec 30 mètres de chaîne à un corps-mort bétonné ou à un système de double ancrage avec amortisseurs de chaîne. Le ratio chaîne/profondeur passe à 7:1 minimum en configuration cyclonique.
Les amortisseurs de mouillage (type caoutchouc ou sandow) sont un investissement de 100 à 200 euros qui peut sauver le bateau. Ils absorbent les à-coups quand le vent change de direction brutalement, ce qui est fréquent dans les bandes spiralées d un cyclone.
Les amarres de sécurité
En complément du mouillage principal, on prépare des amarres de sécurité vers des points fixes à terre (arbres, bollards, blocs de béton). Ces amarres ne sont installées qu en cas d alerte mais les points d attache sont repérés et testés à l avance. On utilise du polyamide (qui étire et absorbe les chocs) plutôt que du polyester ou du Dyneema (trop rigide).
L option terre-plein
La solution la plus sûre est de sortir le bateau de l eau et de le caler sur le terre-plein de Longoni avec des sangles au sol. C est ce que font la plupart des propriétaires prudents en début de saison. Le surcoût de la sortie et du stockage est dérisoire comparé au prix d un bateau échoué sur un récif.
Le bateau lui-même : alléger et sécuriser
Le gréement
Sur un voilier, on dégrée le maximum : grand-voile déposée, génois roulé serré et sanglé, bôme amarrée ou déposée. Le fardage du gréement debout (haubanage, mât) est déjà considérable — inutile d ajouter celui des voiles. Les lazy-bags, biminis et autres toiles d ombrage sont démontés et stockés à l abri.
L accastillage et les annexes
Tout ce qui peut s envoler est rentré à l intérieur ou débarqué : annexe, hors-bord, bouées de mouillage, pare-battages en surplus, coussins de cockpit. Un pare-battage qui s envole à 150 km/h devient un projectile. L annexe est dégonflée et rangée ou mise à terre.
Les ouvertures
On vérifie la fermeture et l étanchéité de tous les hublots, capots de pont et panneaux. Un hublot mal fermé, c est de l eau dans le bateau par paquets de mer. Si des hublots sont fragiles (plexiglas ancien), on prépare des contreplaqués découpés aux dimensions pour les plaquer de l extérieur en cas d alerte.
Le moteur : prêt à démarrer
Même si le bateau reste au mouillage, le moteur doit être prêt à démarrer immédiatement. En cas d alerte, il faut pouvoir manœuvrer pour se repositionner ou quitter le mouillage. On fait une révision rapide avant le début de la saison : niveau d huile, filtre carburant, impeller, batterie de démarrage chargée. Le plein de carburant est fait et maintenu tout au long de la saison.
L électricité et les systèmes
On vérifie que la VHF fonctionne (canal 16 pour les urgences et canal du port de Longoni). Le GPS et l AIS sont testés. Les feux de navigation sont vérifiés. Si le bateau a un système de monitoring à distance (Victron, par exemple), on s assure qu il fonctionne et que les alertes sont bien configurées sur le téléphone.
Le panneau solaire assure l autonomie électrique au mouillage. On vérifie les connexions, le régulateur et l état des batteries. En cas de coupure de courant généralisée sur l île (fréquent lors des tempêtes), le bateau doit être autonome en énergie pendant plusieurs jours.
Le plan d action en cas d alerte
Alerte orange (24-48h avant)
On met en place les amarres de sécurité, on rentre tout ce qui traîne, on ferme tout. Si le bateau est au mouillage et qu une place est disponible sur le terre-plein de Longoni, c est le moment de sortir.
Alerte rouge (6-12h avant)
Le bateau est sécurisé, on quitte le bord. Aucun plaisancier ne doit rester à bord pendant un passage cyclonique. C est la consigne des autorités et c est du bon sens. On rejoint un abri en dur à terre.
Après le passage
On attend la levée de l alerte avant de retourner au bateau. On vérifie d abord visuellement depuis la terre si le bateau est toujours en place et flotte normalement. On y va ensuite en annexe pour un premier bilan : mouillage, coque, gréement, voie d eau éventuelle.
La préparation cyclonique à Mayotte n est pas une option, c est une routine de début de saison. Ceux qui l intègrent comme un geste normal (au même titre que le carénage annuel) dorment tranquilles de novembre à avril. Les autres jouent à la roulette avec un enjeu qui vaut parfois plusieurs dizaines de milliers d euros. Et cette année, vous avez commencé votre préparation ?